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vendredi 13 janvier 2012

Littérature : Une enfant de Poto-Poto, le nouveau roman d'Henri Lopes publié chez Gallimard, est dans toutes les bonnes librairies depuis le 7 janvier

À l'occasion de cette sortie, une rencontre avec l'auteur est organisée par l'éditeur le 17 janvier à la librairie Gallimard à Paris (15, bd Raspail) à partir de 19 heures

À lui seul, ce roman résume, d'une certaine manière, toute l'œuvre d'Henri Lopes. On y trouve, en effet, à la fois cet humour truculent qui lui a valu d'être considéré comme l'un des écrivains africains francophones les plus intéressants et les plus novateurs en matière d'écriture romanesque, mais aussi l'essentiel de ses thèmes de prédilection, comme rassemblés dans une sorte de florilège qui ne manquera pas de ravir ses lecteurs anciens et nouveaux.
 
Sans être, à proprement parler, un livre de recettes, ce roman réussit à sa manière, la gageure de prendre le lecteur par la main, pour lui montrer quelques ficelles de la création romanesque, avec ses joies et ses tourments. Au moment de l'indépendance, Kimia et Pélagie, deux amies que la distance ethnique ne peut séparer, malgré la guerre civile de 1959 encore toute fraîche, rêvent d'obtenir leur baccalauréat et d'aller poursuivre leurs études en France. Fascinées par Franceschini, sorte de gourou pédagogique qui leur sert de mentor et qui les façonne intellectuellement, en véritable pygmalion qu'il est, les deux amies obtiennent le sésame tant recherché et finiront par oublier leurs petits prétendants du quartier et des week-ends endiablés de la cité d'ambiance à Poto-Poto et à Bacongo.
 
L'intrigue multiplie les triangles et mène nos héros de Brazzaville à Wellesley College, près de Boston aux États-Unis, en passant par la mythique Sorbonne à Paris. Les couples se font et se défont au gré des péripéties et des triangles à géométrie variable. Kimia, la narratrice, assouvit ses rêves d'écriture et entraîne son ancien professeur dans la jet set des colloques universitaires et des salons du livre. Mais cette épopée fantastique des premières élites africaines nées des indépendances, connaît aussi ses tourments et ses moments de deuil. Et le malheur viendra frapper à la porte de ce grand bonheur collectif, bilan optimiste lopésien de la post-colonie...

À travers le personnage de la narratrice donc, le lecteur est invité à pénétrer l'univers mondain (le réel), sur un demi-siècle d'apprentissage de la liberté avec l'indépendance politique du pays, mais aussi la transformation du désir de témoigner par l'écriture en un véritable projet romanesque. À ce titre, on peut gager que de jeunes écrivains en herbe sauront en tirer profit. C'est, en somme, une œuvre de la maturité transmise en manière de legs aux nouvelles générations d'écrivains.
 
Mais, à ce propos, qui est donc Henri Lopes ?

Pour ceux qui connaissent peu l'écrivain, il importe de savoir qu'il y a eu un premier Lopes, soucieux d'efficacité didactique et qui pensait se servir de l'écriture pour éduquer les masses. Dans ce premier versant de l'œuvre, on trouvera notamment un auteur engagé dans l'aventure politique du pays pour transformer les structures mentales de l'homme congolais. Avec Tribaliques, il obtient, en 1971, le Grand Prix littéraire de l'Afrique noire. Pourtant, malgré ce succès, il abandonne la nouvelle pour se consacrer au roman. Il publie alors coup sur coup deux romans aux éditions CLE à Yaoundé (La nouvelle romance et Sans tam-tam), dans lesquels il fustige le tribalisme, le népotisme en politique et plaide en faveur d'une réelle émancipation de la femme africaine. Ce combat pour les femmes reviendra dans son œuvre comme une sorte de leitmotiv.
 
En 1980, Henri Lopes quitte le gouvernement pour embrasser une carrière internationale avec un poste de très haut fonctionnaire à l'Unesco (1981-1997). Ses lourdes fonctions ne l'empêchent pas d'écrire. C'est ainsi qu'il publie, en 1982, chez Présence Africaine, cet ouvrage qui sera un best-seller. Le Pleurer-rire inaugure donc le second versant de l'œuvre qui se complexifie tout de même avec un traitement quelque peu singulier du miroir. De l'autobiographie, le lecteur ne trouve d'ailleurs que des bribes anti-biographiques, plus propices à brouiller le miroir qu'à sanctifier un quelconque Narcisse. Le chercheur d'Afriques (1989) rapportera ainsi, à son auteur, un second Grand Prix littéraire de l'Afrique noire ! Mais aucun de ses quatre romans publiés au Seuil n'aura le succès du Pleurer-rire. Rappelons par ailleurs, que Henri Lopes a obtenu, en 1993, le Grand Prix de la Francophonie, décerné par l'Académie française, pour l'ensemble de son œuvre. 

Ceux qui connaissent le diplomate savent qu'Henri Lopes est ambassadeur du Congo à Paris depuis 1998. Il dirige également la revue Géopolitique Africaine, dont il est l'éditorialiste attitré. Une enfant de Poto-Poto est son huitième roman.

                                    Par Jrang An@go.

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